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Tunisie: les leçons de l’effondrement d’une autocratie

Tunisie: les leçons de l’effondrement d’une autocr
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Le départ du président Ben Ali ne marque pas forcément le début d’une transition démocratique dans le pays et la communauté internationale doit jouer un rôle pour créer l’espace nécessaire à l'édification d’une démocratie réelle en Tunisie.
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Dans les années 1990, les dictateurs sont tombés par dizaines et nous nous sommes habitués à recevoir des nouvelles surprenantes indiquant qu’un autre homme fort de longue date - apparemment indélogeable du pouvoir - faisait soudainement partie de l'histoire. Avec le ralentissement de l’expansion de la démocratie au cours de la dernière décennie, nous avons perdu l'habitude de recevoir de telles nouvelles et avons oublié quelques-uns des enseignements fondamentaux de l'effondrement des régimes autocratiques. La chute du Président Zine El Abidine Ben Ali en Tunisie nous les rappelle à bon escient.
 
Tout d'abord, le changement politique brusque est souvent tout à fait inattendu et imprévu. Si vous aviez demandé aux plus grands experts du monde arabe il y a cinq ans, voire même il y a un an, de prévoir qui serait le prochain chef arabe à quitter ses fonctions, aucun n’aurait nommé Ben Ali. Je me souviens très bien, lorsqu’en 1998 des manifestations se sont multipliées en Indonésie, qu’'un éminent expert américain sur ce pays m'avait livré avec assurance que le président Suharto était tout à fait maître de la situation et qu’il était en fait « au sommet de son art » et serait à même de surmonter la crise sans problème. Un mois plus tard, Suharto était parti. Les points critiques du changement politique sont fondés sur des seuils psychologiques, qui sont en même temps difficiles à prédire et à mesurer. Souvent, ceux qui connaissent le mieux le pays sont les moins à même de prévoir le changement, étant convaincus par les postulats classiques de stabilité. 
 
Deuxièmement, si un leader se fonde sur « la légitimité de performance » pour justifier sa place au pouvoir, la bride peut lâcher à une vitesse vertigineuse. En dépit de sa rhétorique grandiose par moments au sujet de son rôle particulier en tant que protecteur de la nation, Ben Ali a été en mesure de rester au pouvoir sans d'autres formes de légitimité, comme la tenue de véritables élections, une vision idéologique attrayante, l'appel religieux ou l'identité ethnique, en raison du succès économique relatif du pays. Une fois le succès évanoui et une large majorité de citoyens se sentant exclus, sa légitimité est devenue un tronc creux qui risquait de craquer au premier souffle de vent.
 
Troisièmement, la puissance de la protestation citoyenne est extraordinaire. Peu importe le niveau d’armement et d’organisation du régime; lorsqu'un grand nombre de citoyens prend soudainement d’assaut les rues de la capitale et est prêt à recevoir des balles, le régime est en sérieuse difficulté. Peu de temps après la chute de Nicolae Ceausescu en Roumanie en 1989, qui a également eu lieu quelques semaines à peine après que les manifestations ont éclaté, un ami roumain à Bucarest n’en revenait pas qu’il ait suffit de si peu pour déloger le dictateur. « Toutes ces années pendant lesquelles nous avons dû supporter ses horreurs, en croyant que son appareil d’Etat était invincible », me confia-t-il. « Puis nous sommes enfin descendus dans la rue, à coups de cris et de pierres, et juste après, nous apprenions était qu'il était à bord d’un hélicoptère dans un état de panique pour prendre la fuite ». 
 
Quatrièmement, bien que la communauté internationale soit souvent peu impliquée dans l'effondrement soudain des régimes autoritaires, force est de constater qu’elle peut jouer un rôle crucial dans la suite immédiate. Aucun gouvernement occidental n'a fait pression sur la Tunisie pour la promotion de la démocratie et des droits de l'homme au cours des dix dernières années et nul ne peut s’attribuer le mérite d’avoir contribué à mettre fin à la dictature. Les États-Unis et d'autres gouvernements occidentaux peuvent, cependant, jouer un rôle vital dorénavant.
 
Le départ de Ben Ali ne signifie pas nécessairement une transition démocratique. Certains régimes autoritaires offrent  l'éviction du président dans l'espoir de garder le reste du système répressif en place. Ils promettent des élections, mais entreprennent par la suite de couper discrètement l'oxygène alimentant le processus de transition politique, une fois que l'attention internationale commence à décliner. Washington et d'autres capitales occidentales devraient insister maintenant afin d’obtenir des engagements précis de la part de la nouvelle administration tunisienne pour que non seulement des élections aient lieu, mais qu'elles soient libres et justes, que les partis politiques aient suffisamment d'espace et de temps pour s’organiser et faire campagne, que la liberté d’expression, d'association et de mouvement soit respectée et que les élections soient gérées par des autorités indépendantes et des observateurs internationaux autorisés à y avoir accès. 
 
Washington a considérablement raté l’occasion d’aider les Tunisiens pendant les années sombres de la dictature, ne manquons pas la chance de nous rattraper maintenant avec un véritable engagement pro-démocratique. 
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Source: http://carnegie-mec.org/2011/01/14/tunisie-les-leçons-de-l-effondrement-d-une-autocratie/b787

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